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Oignon rouge émincé sur une planche en bois avec un couteau de cuisine, oignons entiers et épluchures autour

Pourquoi pleure-t-on en coupant des oignons, et quelles astuces marchent vraiment ?

Trois coups de couteau dans un oignon, et les yeux se mettent à piquer, puis à couler. Ce petit supplice de cuisine n'a rien d'une fatalité ni d'une sensibilité particulière : c'est la conséquence d'une réaction chimique en chaîne, déclenchée par l'oignon lui-même pour se défendre. Comprendre ce mécanisme permet de trier les astuces qui fonctionnent vraiment de celles qui relèvent de la légende, du morceau de pain dans la bouche à la bougie allumée sur le plan de travail.

Bon vivant ! 6 min de lecture

Une réaction de défense de l'oignon

Un oignon entier, posé sur le comptoir, ne fait pleurer personne. Tout commence au moment où la lame entre dans la chair. L'oignon, comme l'ail, l'échalote ou le poireau, appartient à la famille des alliums, des plantes qui ont développé un système de défense chimique contre les animaux qui les mangent : tant que les cellules sont intactes, les ingrédients de ce système restent séparés. Dès qu'une cellule est écrasée ou tranchée, ils se mélangent et la réaction démarre en quelques secondes.

La chaîne chimique, étape par étape

  1. La coupe brise les cellules. Une enzyme, l'alliinase, stockée à part dans la cellule, entre alors en contact avec des composés soufrés contenus dans la chair.
  2. L'alliinase découpe ces composés soufrés et produit des molécules intermédiaires très réactives.
  3. Une seconde enzyme, mise en évidence par des chercheurs japonais au début des années 2000, transforme ces molécules en un composé volatil : le facteur lacrymal, un gaz soufré.
  4. Ce gaz s'évapore et monte vers le visage de la personne penchée sur sa planche à découper.

Pourquoi les yeux se mettent à pleurer

Le facteur lacrymal atteint la surface de l'œil, recouverte d'un film humide. Il y active les terminaisons nerveuses de la cornée, très sensibles aux irritants, qui envoient au cerveau un signal de brûlure ou de picotement. En réponse, le cerveau commande aux glandes lacrymales de produire des larmes pour diluer et évacuer l'irritant. Ce sont des larmes réflexes, du même type que celles provoquées par la fumée ou le vent froid, sans aucun rapport avec l'émotion.

Le réflexe de se frotter les yeux avec les doigts est d'ailleurs le pire : les mains sont couvertes de jus d'oignon, qui continue à libérer des composés irritants. Mieux vaut s'éloigner un instant et rincer les yeux à l'eau claire si la gêne est forte.

Les astuces qui marchent vraiment

Toutes les astuces efficaces agissent sur l'un des trois maillons de la chaîne : moins de cellules écrasées, moins de gaz produit ou évaporé, ou moins de gaz qui atteint les yeux.

Un couteau parfaitement aiguisé

C'est l'astuce la plus simple et la plus sous-estimée. Une lame bien affûtée tranche les cellules proprement, alors qu'une lame émoussée les écrase et en fait éclater beaucoup plus, libérant davantage de jus et de gaz. Si vous pleurez toujours beaucoup, commencez par affûter votre couteau.

Un oignon passé au frais

Placer l'oignon une demi-heure au réfrigérateur, ou une dizaine de minutes au congélateur, avant de le couper ralentit l'activité des enzymes et l'évaporation du gaz. L'effet est net. Ne le laissez pas trop longtemps au congélateur : la chair deviendrait molle et difficile à émincer.

Un courant d'air ou une hotte

Couper sous une hotte allumée, près d'une fenêtre ouverte ou avec un petit ventilateur orienté de côté éloigne le gaz de votre visage avant qu'il n'atteigne les yeux. Travailler à bout de bras, sans se pencher au dessus de la planche, aide aussi.

Des lunettes étanches

Des lunettes de natation ou des lunettes de protection bien ajustées font barrage au gaz. Peu élégant, mais radical pour les grandes quantités. Les lunettes de vue ordinaires, ouvertes sur les côtés, ne protègent que partiellement. Les porteurs de lentilles de contact constatent souvent qu'ils pleurent moins, la lentille couvrant une partie de la cornée.

Tableau : astuces efficaces et fausses bonnes idées

AstuceEfficacitéPourquoi
Couteau bien aiguiséBonneMoins de cellules écrasées, donc moins de gaz
Oignon passé au fraisBonneLe froid ralentit les enzymes et l'évaporation
Hotte, fenêtre, ventilateurBonneLe gaz est éloigné du visage
Lunettes étanchesTrès bonneLe gaz n'atteint plus les yeux
Couper sous un filet d'eauBonne mais peu pratiqueLe gaz se dissout dans l'eau, mais la lame glisse
Bougie allumée à côtéFaiblePeut créer un léger courant d'air, effet incertain
Pain ou chewing-gum dans la boucheLégendeAucune action démontrée sur le gaz qui atteint les yeux
Cuillère en métal dans la boucheLégendeAucun mécanisme plausible
Classement selon le mécanisme connu de la réaction

Tous les oignons ne se valent pas

Oignons forts ou oignons doux ?

Oignons forts

Jaunes de garde, la plupart des rouges

  • Riches en composés soufrés
  • Font davantage pleurer
  • Idéaux pour les cuissons longues, où ils deviennent doux
  • Se conservent longtemps

Oignons doux

Oignons nouveaux, oignons blancs, variétés douces

  • Moins de composés soufrés
  • Font nettement moins pleurer
  • Parfaits crus, en salade
  • Se conservent moins longtemps

Des sélectionneurs ont aussi mis au point des variétés présentées comme ne faisant pas ou presque pas pleurer, commercialisées dans certains pays. Elles restent peu répandues en France. Un oignon qui vieillit dans de mauvaises conditions, à la chaleur, devient en revanche plus piquant : stockez-les dans un endroit frais, sec et sombre, à l'écart des pommes de terre.

Le principe des enzymes libérées à la coupe se retrouve ailleurs en cuisine : c'est aussi une enzyme, au contact de l'air, qui fait brunir la chair d'un fruit tranché, comme on l'explique dans notre article sur l'avocat coupé qui noircit si vite. Et si vos échalotes finissent dans une béarnaise, nos conseils pour éviter qu'une sauce béarnaise ne tranche vous seront utiles.

Questions fréquentes

Pourquoi l'oignon cuit ne fait-il pas pleurer ?
La chaleur détruit les enzymes responsables de la production du gaz irritant et transforme les composés soufrés. Une fois l'oignon dans la poêle, la réaction s'arrête : c'est uniquement la découpe de l'oignon cru qui fait pleurer.
L'ail et l'échalote font-ils aussi pleurer ?
L'échalote, proche de l'oignon, peut faire pleurer, souvent un peu moins. L'ail produit d'autres composés soufrés, responsables de son odeur, mais beaucoup moins de facteur lacrymal : il fait rarement pleurer.
Le hachoir électrique évite-t-il les larmes ?
En partie, puisque le gaz reste en grande partie dans le bol fermé pendant le hachage. Il s'échappe en revanche à l'ouverture : attendez quelques secondes et éloignez votre visage. Le hachoir écrase aussi davantage les cellules, ce qui donne un oignon plus juteux et plus piquant.
Pourquoi certaines personnes pleurent-elles plus que d'autres ?
La sensibilité de la cornée varie d'une personne à l'autre, tout comme la distance au plan de travail, la qualité du couteau ou le port de lentilles. Les personnes qui ont déjà les yeux secs ou irrités peuvent aussi ressentir la gêne plus fortement.
Faut-il rincer l'oignon émincé ?
Rincer un oignon émincé à l'eau froide élimine une partie des composés piquants et adoucit son goût, ce qui est utile pour une salade. Cela n'empêche pas de pleurer pendant la découpe elle-même, qui a déjà eu lieu.

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