Aller au contenu
Sablier qui s'écoule à côté d'une pile d'enveloppes, d'un stylo et d'une tasse de café sur un bureau en bois

Pourquoi un client professionnel peut-il payer à 60 jours, et quels délais de paiement la loi impose-t-elle ?

Vous livrez, vous facturez, et votre client vous annonce tranquillement qu'il réglera à 60 jours. Est-ce légal ? Peut-il aller au delà ? Que se passe-t-il s'il dépasse l'échéance ? Entre professionnels, en France, les délais de paiement sont encadrés par le Code de commerce : il existe un délai par défaut, des plafonds à ne pas franchir et des pénalités automatiques en cas de retard. Connaître ces règles permet de négocier sereinement, de rédiger des factures correctes et de réclamer ce qui vous est dû.

Business 8 min de lecture

Le délai par défaut : 30 jours

Entre professionnels, le Code de commerce prévoit un délai de paiement qui s'applique quand rien n'a été convenu : le client doit payer au plus tard le trentième jour suivant la date de réception des marchandises ou d'exécution de la prestation. C'est ce qu'on appelle le délai supplétif.

Autrement dit, si vos conditions générales, votre devis ou votre contrat ne disent rien des délais de paiement, votre client ne peut pas décider seul de régler à 60 jours : il doit le faire dans les 30 jours. D'où l'importance de préciser noir sur blanc vos conditions de paiement dès le départ.

Les plafonds autorisés : 60 jours ou 45 jours fin de mois

Les entreprises peuvent négocier un délai plus long que 30 jours, mais la loi fixe un plafond :

  • 60 jours à compter de la date d'émission de la facture ;
  • ou, par dérogation, 45 jours fin de mois à compter de la date d'émission de la facture, à condition que ce délai soit expressément stipulé au contrat et qu'il ne constitue pas un abus manifeste à l'égard du créancier ;
  • pour les factures récapitulatives, qui regroupent plusieurs livraisons ou prestations d'un même mois, le délai ne peut dépasser 45 jours à compter de leur émission.

Le client qui annonce un paiement à 60 jours est donc dans son droit si ce délai a été convenu et qu'il court à partir de la date de la facture. Il ne l'est pas s'il impose ce délai après coup, ou s'il le fait courir à partir d'une autre date plus tardive.

Certains secteurs ont des règles particulières, plus courtes, par exemple pour les produits alimentaires périssables ou le transport routier de marchandises. Renseignez-vous sur votre secteur, notamment auprès de votre organisation professionnelle ou de votre expert-comptable.

Pourquoi les clients paient souvent au plus tard

  • La trésorerie : payer ses fournisseurs le plus tard possible permet à une entreprise de garder de l'argent disponible plus longtemps, ce qui revient à se financer gratuitement.
  • Le rapport de force : un gros client impose souvent ses conditions à de petits fournisseurs, qui hésitent à les contester.
  • Les circuits internes : validation de la facture par plusieurs services, campagnes de paiement à dates fixes, bons de commande manquants.
  • Les factures incomplètes : une facture sans numéro de commande, avec une erreur ou une mention manquante est souvent bloquée, ce qui décale le paiement.

En cas de retard : pénalités et indemnité

Dès le lendemain de la date d'échéance, le client professionnel en retard doit, de plein droit et sans qu'un rappel soit nécessaire :

  • des pénalités de retard, au taux prévu par vos conditions générales, qui ne peut être inférieur à trois fois le taux d'intérêt légal. À défaut de taux prévu, c'est le taux de la Banque centrale européenne pour ses opérations de refinancement, majoré de 10 points, qui s'applique ;
  • une indemnité forfaitaire de 40 euros pour frais de recouvrement, par facture payée en retard. Si les frais réellement engagés sont supérieurs, une indemnisation complémentaire peut être demandée sur justificatifs.

Ces mentions sont obligatoires sur les factures entre professionnels, avec la date d'échéance et les conditions d'escompte en cas de paiement anticipé. Leur absence n'empêche pas d'appliquer la loi, mais elle peut exposer l'émetteur de la facture à une amende et complique souvent la discussion avec le client.

Tableau : les délais à retenir

SituationDélai maximalPoint de départ
Aucun délai convenu30 joursRéception des marchandises ou exécution de la prestation
Délai convenu, cas général60 joursDate d'émission de la facture
Délai convenu, dérogation expresse45 jours fin de moisDate d'émission de la facture
Facture récapitulative45 joursDate d'émission de la facture
Retard de paiementPénalités dès le lendemain de l'échéanceSans rappel préalable
Frais de recouvrement40 euros par facture en retardDû de plein droit
Règles générales entre professionnels en France. Des règles particulières existent dans certains secteurs.

Protéger sa trésorerie

  1. Fixez vos conditions dès le devis : délai, mode de paiement, pénalités et indemnité. Un devis accepté engage le client sur ces conditions, comme nous l'expliquons dans notre article sur l'engagement que représente un devis signé.
  2. Demandez un acompte pour les commandes importantes ou les nouveaux clients.
  3. Facturez sans attendre, dès la livraison ou la fin de la prestation : le délai de 60 jours ne court qu'à partir de l'émission de la facture.
  4. Soignez vos factures : toutes les mentions obligatoires, le numéro de commande du client, les coordonnées bancaires.
  5. Relancez dès l'échéance, poliment mais fermement, en rappelant les pénalités applicables.
  6. Envisagez le financement de vos factures, par exemple par l'affacturage, si vos clients imposent des délais longs.

Une relance bien tournée suffit souvent à débloquer un paiement oublié. Nos conseils pour relancer par email sans paraître insistant vous aideront à trouver le bon ton. Et si la facture reste impayée longtemps, n'oubliez pas que votre créance n'est pas éternelle : voyez notre article sur la prescription des factures impayées.

Accepter un délai long ou le refuser ?

Accepter 60 jours

  • Peut faciliter la signature avec un gros client
  • Pèse sur votre trésorerie pendant deux mois
  • À compenser par un acompte ou un prix ajusté
  • Doit être écrit dans le contrat

Négocier plus court

  • Meilleure trésorerie et moins de risque d'impayé
  • Possible avec un escompte pour paiement rapide
  • Le délai par défaut de 30 jours est un bon point d'appui
  • Plus simple à suivre au quotidien

Questions fréquentes

Un client peut-il payer à 90 jours ?
Entre professionnels, non en règle générale : le délai convenu ne peut pas dépasser 60 jours à compter de la date d'émission de la facture, ou 45 jours fin de mois si c'est expressément prévu. Des règles particulières existent dans certains secteurs, mais elles sont plutôt plus courtes.
Faut-il relancer le client avant d'appliquer des pénalités de retard ?
Non. Entre professionnels, les pénalités de retard et l'indemnité forfaitaire de 40 euros sont dues de plein droit dès le lendemain de l'échéance, sans rappel préalable. Une relance reste toutefois utile en pratique pour obtenir le paiement et préserver la relation commerciale.
L'indemnité de 40 euros s'applique-t-elle par facture ?
Oui, elle est due pour chaque facture payée en retard. Si vos frais de recouvrement réels sont plus élevés, vous pouvez demander une indemnisation complémentaire en les justifiant.
Ces délais s'appliquent-ils avec un client particulier ?
Non. Les délais du Code de commerce visent les relations entre professionnels. Avec un particulier, c'est le contrat ou le devis qui fixe les conditions de paiement, souvent un paiement comptant ou à la fin de la prestation, éventuellement avec un acompte.
À partir de quand court le délai de 60 jours ?
À partir de la date d'émission de la facture. D'où l'intérêt de facturer dès la livraison ou la fin de la prestation, plutôt que d'attendre la fin du mois : chaque jour de retard dans la facturation retarde d'autant le paiement.

À lire ensuite

Dans la même veine

Toute la rubrique